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puce Sommaire des articles de cette rubrique

   

puce RDC : JOSEPH KABILA A UNE CHANCE DE VIELLIR AU POUVOIR, COMME SES AÎNÉS OMAR BONGO ET SASSOU NGUESSO (le 29/03/2009 à 22h01)

 

 

(...) « Quand les éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre », dit-on (...) La visite éclair du président français à Kinshasa soulève des interrogations sur le rôle de la France dans le retournement spectaculaire de la situation à l'est de la RDC (...) Les cinq chantiers (infrastructures, santé et éducation, eau et électricité, logement et création d'emplois) promis au peuple congolais peuvent toujours attendre. En se ralliant à la France, Kabila a au moins une chance de vieillir au pouvoir, comme ses aînés Omar Bongo et Sassou N'guesso (...)

 

 

Image ExempleImage ExempleImage Exemple

 

 

 

Cinq heures de séjour à Kinshasa ont suffi au président français pour aborder ce qu'il appelle lui-même le « resserrement des relations de coopération entre Kinshasa et Paris ».

 

Même s'il a affirmé ne pas avoir de leçon à donner, Nicolas Sarkozy ne s'est empêché de faire des recommandations aux politiciens congolais.

 

La première est une leçon de bon voisinage : 

 

« S'ils organisent leur bon voisinage, les peuples de la région vivront riches et en paix. Mais si c'est la loi du plus fort, alors ils resteront pauvres et malheureux... »

 

Le chef de l'Etat français a ensuite salué le rapprochement de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda qu'il a qualifié de « véritable signe de refondation de la région des Grands Lacs ».

 

 

VANTÉ  PAR  SARKOZY,  LE  RAPPROCHEMENT  AVEC  KIGALI  A  ENTRAÎNÉ  UNE  CRISE

 

Pourtant, il n'a pas abordé le fait que les opérations militaires rwando-congolaises, qu'il présente comme salutaires, ont été à la base d'une crise institutionnelle.

 

Vital Kamerhe, le président du parlement congolais, a dû déposer sa démission à la veille de l'arrivée de Nicolas Sarkozy à Kinshasa. Il avait subi des pressions de la famille politique de Joseph Kabila, le président congolais, qui lui reprochait d'avoir posé trop de questions sur la traque des rebelles hutus (FDLR). Vital Kamerhe dénonçait le fait qui ces opérations se soient déroulées sans que l'institution qu'il dirigeait n'en ait été informée.

 

Autre leçon donnée aux politiques congolais :  la bonne gouvernance. « Nous sommes des élus du peuple, c'est notre devoir de rendre des comptes à ceux qui nous ont élus », a-t-il rappelé lors de son allocution devant les parlementaires congolais.

 

Il valait la peine de rappeler cette règle démocratique élémentaire à des dirigeants réputés pour leur mépris de leurs électeurs et leur attachement aux avantages liés à la profession de politicien africain : grosses voitures, villas luxueuses et comptes bancaires domiciliés dans des banques occidentales et remplis d'argent détourné provenant de leurs pays.

 

 

LE CONTRAT  DECROCHÉ  PAR  AREVA  EN  RDC,  A  T-IL  JOUE  UN  ROLE ?

 « Quand les éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre », dit-on. La population congolaise, subit les conséquences des affrontements entre géants qui se disputent les ressources naturelles de ce pays au sol immensément riche, mais compté parmi les plus pauvres de la planète.

 

La visite éclair du président français à Kinshasa soulève des interrogations sur le rôle de la France dans le retournement spectaculaire de la situation à l'est de la RDC.

 

Qu'est ce qui explique le rapprochement entre Kinshasa et Kigali, et surtout la disparition du jour au lendemain du rebelle Laurent Nkunda qui a pris des vacances au Rwanda, et dont le mouvement, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), s'est transformé en parti politique ?

 

La réponse se cache peut-être derrière le contrat que Nicolas Sarkozy a arraché au bénéfice d'Areva. Cette entreprise française a obtenu le permis de puiser de l'uranium où elle souhaitait, sur toute l'étendue de la RDC.

 

 

LES  « CINQ  CHANTIERS »  LANCÉS  PAR  KABILA  PEUVENT  TOUJOURS  ATTENDRE

 

L'annulation de la dette africaine, le président français a promis d'en parler au prochain sommet du G20, à condition que les pays du continent noir ne se tournent pas vers d'autres créanciers.

 

C'est sans doute la Chine qui doit rougir en voyant Kinshasa se détourner progressivement des fameux accords « Mines contre infrastructures », et se rallier aux traditionnels partenaires européens pour des raisons de consolidation de son pouvoir.

 

Les cinq chantiers (infrastructures, santé et éducation, eau et électricité, logement et création d'emplois) promis au peuple congolais peuvent toujours attendre. En se ralliant à la France, Kabila a au moins une chance de vieillir au pouvoir, comme ses aînés Omar Bongo et Sassou N'guesso.

 

Quoiqu'il en soit, le jeune président congolais a tout intérêt à se tenir tranquille et surtout à respecter ses engagements.

 

Il doit garder en tête qu'à tout moment, Nkunda, ou un autre chef rebelle monté de toutes pièces peut toujours resurgir, armé jusqu'aux dents et bénéficiant d'une couverture médiatique de certains médias occidentaux faisant de lui un héros.

 

 

LES  DEUX  GOUVERNEMENTS  VIVENT  AVEC  UN  CANON  SUR  LA  TEMPE

 

De l'autre côté de la frontière, Paul Kagame ne peut dormir sur ses deux oreilles. Le rapprochement avec Kinshasa, salué par la communauté internationale, a l'air de calmer ses bailleurs de fonds qui menaçaient de lui tourner le dos à cause de son soutien à la rébellion congolaise.

 

Cependant, le problème des FDLR reste entier. Les récentes opérations militaires rwando-congolaises auraient permis de rapatrier quelque 1 300 combattants et leurs familles sur un effectif qui a toujours été estimé à 6 000 hommes.

 

L'ONG catholique Caritas-Développement Congo a récemment tiré la sonnette d'alarme sur le nombre croissant de déplacés qui fuient l'insécurité causée par les opérations contre les rebelles hutu rwandais. Selon Caritas, près de 20 000 ménages déjà recensés sont concernés par ces déplacements massifs et sont sans assistance.

 

Les deux gouvernants vivent donc un canon sur la tempe, subissant des pressions de la part des grandes démocraties occidentales, leurs amis et bienfaiteurs, prêts à tout pour garder la main mise sur l'exploitation des richesses naturelles de la région, primordiales pour le fonctionnement de leurs industries.

 

 

Publié   le :  29  mars  2009

Rubrique :  Afrique-politique

Source :  Rue 89

 

 

 

 

 

 

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puce COUP DE GUEULE DE DESMOND TUTU : HONTE AUX PRESIDENTS AFRICAINS QUI DEFENDENT OMAR EL-BECHIR. (le 12/03/2009 à 14h43)

 

 

«  Les dirigeants du continent oublient que « sans justice la paix est impossible », rappelle le Nobel de la paix sud-africain. »  Analyse  de  Desmond  TUTU :

 

 

 

Labels: Desmond Tutu ...

 

Le mandat d’arrêt lancé contre le président soudanais place les dirigeants africains face à leurs responsabilités : sont-ils du côté de la justice ou de l’injustice ? du côté des victimes ou des bourreaux ?

 

La question ne devrait même pas se poser, mais pour l’instant de nombreux dirigeants africains ont réagi de manière scandaleuse.

 

Parce que les victimes au Soudan sont africaines, les dirigeants africains devraient être les plus ardents défenseurs de toute initiative visant à réclamer des comptes aux auteurs des crimes. Or, plutôt que de se placer du côté de ceux qui ont souffert au Darfour, les dirigeants africains ont pour l’instant préféré soutenir un homme pourtant coupable d’avoir transformé cette région d’Afrique en un gigantesque cimetière. En juillet 2008, quand on a appris que le procureur de la CPI préparait un mandat d’arrêt contre Béchir pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, l’Union africaine a publié un communiqué adressé au Conseil de sécurité de l’ONU pour lui demander de suspendre le processus. Au lieu de condamner le génocide au Darfour, l’Union africaine a choisi de faire part de ses inquiétudes concernant l’acharnement dont seraient victimes les dirigeants africains et a soutenu les efforts de Béchir pour retarder la justice.

 

Je ne peux m’empêcher de regretter que le mandat d’arrêt contre Béchir soit exploité pour renforcer ce ressentiment à l’égard du système judiciaire – et en particulier de la Cour pénale internationale –, censé persécuter l’Afrique. La justice doit servir les victimes, or les victimes de ces crimes sont des Africains. Insinuer que ces poursuites sont le fait d’un complot occidental est avilissant pour les Africains et déprécie notre engagement envers la justice sur tout le continent.

 

Il est bon de rappeler que plus de 20 pays africains comptent parmi les fondateurs de la CPI et que, sur les 108 pays qui ont rejoint la Cour, 30 se trouvent en Afrique. Le fait que les quatre enquêtes les plus actives de la CPI ont toutes lieu en Afrique n’est pas dû à un acharnement judiciaire – c’est parce que les trois pays impliqués (la Centrafrique, la république démocratique du Congo et l’Ouganda) ont demandé l’intervention de la justice.

 

Seul le cas du Darfour a été signalé au procureur par le Conseil de sécurité. Par ailleurs, le procureur, de sa propre initiative, envisage d’enquêter en Afghanistan, en Colombie et en Géorgie.

 

Pour les dirigeants africains, les actions de la Cour vont ralentir les efforts de paix au Darfour. Pourtant, il ne peut y avoir de véritable paix ni de sécurité tant que justice n’a pas été rendue aux habitants de cette région. S’il n’y a pas de paix, c’est précisément parce qu’il n’y a pas eu de justice.

 

Si douloureuse et incommode que soit la justice, nous ne pouvons que constater que son alternative, l’impunité, est pire.

 

Ce mandat d’arrêt contre Béchir doit être un moment extraordinaire pour les gens du Soudan – et pour tous ceux qui, dans le reste du monde, doutent que les puissants et les gouvernements aient jamais à rendre compte de leurs agissements inhumains. Les dirigeants africains devraient prendre fait et cause pour cette initiative historique, et non pas travailler à la subvertir.

 

LIRE DANS LA MÊME RUBRIQUE : « DIVISION DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE SUITE A L’INCULPATION DE OMAR EL-BECHIR »

 

 

Auteur :  Desmond  TUTU

Publication :  12  Mars  2009

Rubrique :  Afrique-politique

Source :  International  Herald  Tribune

 

 

 

 

Note :

Vient  d’apparaître  sur  « le  courrier  international » :  Une accusation qui divise l’Afrique Omar El-Béchir, roi des opportunistes :  Cessons de nous aveugler.

 

 

 

 

 

 

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puce L’AFRIQUE ET SES TRIPATOUILLEURS DE CONSTITUTION. (le 18/01/2009 à 21h55)

 

 

Les putschs, l’année dernière, en Guinée et en Mauritanie, ont provoqué une vague de protestations au sein de la communauté internationale. Mais il existe, en Afrique, une autre forme de coup d’État devant laquelle cette communauté reste bien silencieuse : les manipulations de Constitution pratiquées par des chefs d’État pour s’éterniser au pouvoir. Ces dernières années, elles se sont multipliées sur le continent.

 

 

Nombre de chefs d’État suppriment les limitations de mandats pour s’éterniser au pouvoir, la plus part d’entre eux sont francophones. Ils ont déjà modifié la Constitution pour se maintenir au pouvoir

 

Abdelaziz Bouteflika (Algérie) :

Bouteflika

 

 

 

 

 

Le président algérien briguera, sans doute, un troisième mandat à la présidentielle d’avril 2009 après deux quinquennats. Il a fait modifier, en novembre 2008, la Constitution qui limitait le nombre de mandat à deux.

 

Paul Barthélémy Biya (Cameroun) : Au pouvoir depuis 1982 , Paul Biya a supprimé en avril dernier la limitation du nombre de mandats à deux dans la Loi fondamentale du Cameroun. Il pourra se représenter à sa propre succession en 2011, après ce qui devait être son second et dernier septennat.

 

 

Idriss Déby (Tchad) :

(JPEG)

La Constitution du Tchad a été modifiée en 2005 pour permettre au président d’être candidat à sa propre succession en 2006, et de conserver le pouvoir dont il s’est emparé depuis son coup d’État en 1990.

 

 

Yoweri Museveni (Ouganda) :

Le président ougandais a manipulé la Constitution de son pays en 2005 pour se maintenir au pouvoir. Il occupe le fauteuil présidentiel depuis qu’il l’a pris par les armes en 1986.

 

 

Omar Bongo Ondimba (Gabon) :

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Au Gabon, la limitation du nombre de mandats a été supprimée en 2003 pour permettre au président Bongo, au pouvoir depuis 1967, de se présenter autant de fois qu’il le souhaite à une élection présidentielle.

 

Blaise Compaoré (Burkina Faso) : Au pouvoir depuis son coup d’Etat en 1987, le président burkinabè avait supprimé la limitation du nombre de mandats en 1997 pour être candidat et réélu à la présidentielle de 2008. Il a restauré, en 2000, cette limitation à deux quinquennats.

 

 

Zine Abidine Ben Ali (Tunisie) :

PHOTO : Zine el-Abidine Ben Ali

En 2002, la Loi fondamentale de la Tunisie a été changée pour permettre au président Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, de se présenter à sa propre succession à la présidentielle de 2004. La Constitution limitait le nombre de mandats présidentiels à trois.

 

 

Feu Gnassingbé Eyadema (Togo) :

Au Togo, le parlement a voté la non limitation de mandats, fin 2002, pour permettre à l’ancien président Gnassingbé Eyadema de se faire réélire pour un troisième mandat de cinq ans. Il était au pouvoir depuis 36 ans déjà.

 

 

Feu Lansana Conté (Guinée) :

L’ancien président guinéen avait fait voter la modification de la Constitution en 2002 pour lui permettre de se faire réélire à la tête de la Guinée en 2003 alors qu’il venait d’achever son second et dernier mandat.

 

 

Sassou Nguesso (Congo-B) :

Après avoir abrogé la constitution consensuelle de la conférence nationale souveraine de 1992, Sassou NGuesso soumet à son peuple, une constitution taillée sur mesure, avec deux septennats maximum, mais cela ne lui suffit pas, selon lui : « la limitation des mandats présidentiels n’est pas démocratique et qu’il ne s’opposerait pas à cette modification constitutionnelle ».

 

Après un deuxième septennat  probable du président Sassou Nguesso,    l’élection présidentielle semble être jouée et pipée d’avance, la république du Congo risquera de rentrer dans une autre phase de modification de  la constitution, pour permettre à Sassou de se maintenir au pouvoir.

 

 

CONCLUSION :

La longue liste des chefs d’Etats qui ont modifié la Constitution de leur pays (Idriss Déby, Omar Bongo Ondimba, Zine Abidine Ben Ali…) pour se maintenir au pouvoir à vie.

 

La liste va sans doute s’allonger au cours des prochaines années. La Constitution en Afrique n’est finalement rien d’autre qu’un outil juridique qui permet aux Chefs d’État de réaliser leur dessein personnel. La constitution, comme le dit la chanson, est devenue une veste que chacun coupe, taille et recoud à sa mesure.

 

Tout ceci, au vu et au su de tous les africains impuissants devant leurs dictateurs.

 

Vive l'Afrique,

Que Dieu bénisse l'Afrique.

 

 

Lu  pour  vous  par :  Appolinaire  Noël  KOULAMA

Publié  le :  17  janvier  2009

Rubrique :  Afrique-politique

Source :  Afric.com

 

 

 

 

 

 

 

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puce PLAINTES, MENACES : L’ENQUÊTE QUI AFFOLE OMAR BONGO ET D’AUTRES DIRIGEANTS AFRICAINS. (le 31/12/2008 à 22h29)

 

 

J'ai rencontré l'opposant congolais Benjamin Toungamani le mercredi 3 décembre au soir, à Orléans. L'avocat William Bourdon a été interviewé à son cabinet le lendemain. Quant à Grégory Mintsa, le plaignant gabonais, il a été joint au téléphone le même jour, le jeudi 4 décembre, dans la soirée.

 

 

Déposer plainte contre des chefs d'Etat africains, comme Omar Bongo (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et Teodoro Obiang (Guinée-Equatoriale), est une entreprise longue et périlleuse. Même en France. Mediapart a récupéré des enregistrements et recueilli plusieurs témoignages attestant les pressions et menaces physiques exercées contre des avocats, des militants associatifs et des citoyens africains qui s'y essaient. Depuis deux ans, ceux-ci tentent de faire prospérer devant la justice parisienne des plaintes pour «recel de détournement de fonds publics» visant les présidents Bongo, Sassou Nguesso et Obiang, ainsi que leur entourage.

 

L'objectif: découvrir les conditions dans lesquelles – et surtout avec quel argent – ils ont pu acquérir en France un faramineux patrimoine (appartements, hôtels particuliers, voitures de luxe...), estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros. Ils ont appelé cela l'affaire des «biens mal acquis».

 

Après deux premières tentatives infructueuses en mars 2007 et juillet 2008, l'ONG Transparence International, le groupement de juristes Sherpa et un citoyen gabonais, Grégory Mintsa, ont déposé une nouvelle plainte, le 2 décembre, pour «recel de détournement de fonds publics, blanchiment, abus de bien social, abus de confiance et complicités», avec constitution de partie civile. La balle est dans le camp du tribunal de grande instance de Paris qui doit se prononcer sur la recevabilité de la plainte. Et, éventuellement, désigner un juge d'instruction.

 

Le dossier, manifestement, dérange. Depuis plusieurs semaines, une fabrique de la peur semble avoir été mise en branle pour éviter qu'il sorte. Car si les deux premières plaintes ont été classées sans suite par le parquet de Paris, au motif d'une «infraction insuffisamment caractérisée», une enquête préliminaire confiée à l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) avait toutefois permis de révéler, fin 2007, une série d'éléments troublants concernant les dépenses somptuaires des trois chefs d'État africains visés.

 

 

 

Benjamin Toungamani (ci-dessus), 54 ans, est celui qui peut sûrement le mieux parler des pressions exercées en coulisses. Il est, dans l'ombre des annonces publiques et des communiqués de presse, l'un des principaux promoteurs des plaintes qui accusent les dirigeants africains. Lui est congolais. Il vit en France depuis vingt-cinq ans, n'est pas retourné dans son pays depuis le coup d'État de 1997 et travaille aujourd'hui à Orléans comme professeur en collège.

 

Sa femme Béatrice, ancienne contribuable congolaise, avait participé en 2007 à la première plainte de Transparence International et Sherpa. Président de la Plate-forme congolaise contre la corruption et l'impunité, Benjamin Toungamani est un opposant déclaré au régime de Denis Sassou Nguesso, dont la fille, Edith, est l'épouse de son homologue gabonais Omar Bongo.

 

 

L’ENREGISTREMENT QUI ACCUSE:

 

Les intimidations et les « amicales pressions » ont fait leur entrée dans le quotidien des époux Toungamani dès que leur nom est apparu dans le dossier des «biens mal acquis». C'était il y a bientôt deux ans. Mais le 28 novembre, à 11h34, soit quatre jours avant l'annonce du dépôt de la nouvelle plainte, un cran a été franchi, comme en témoigne ce message laissé sur le portable de M. Toungamani :

 

 

 
 
 
 

Le numéro de téléphone resté en mémoire renvoie à une cabine France Telecom située dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

 

 

 «Avant ce message, j'avais reçu un appel le même jour à 10h30 qui menaçait aussi mon petit-fils, se souvient Benjamin Toungamani, que nous avons rencontré dans un restaurant à Orléans. J'ai mis le haut-parleur, une collègue du collège a tout entendu. Après, je suis allé en cours. J'ai rallumé mon portable vers midi et j'ai entendu ce message terrifiant. C'est la première fois que j'avais des menaces directes visant ma famille si je ne retirais pas la plainte de ma femme. Ils savent que mon petit-fils est mon point faible. Je n'ai qu'une fille, qui n'a qu'un enfant. Je l'ai pratiquement élevé. Ils savent où il joue au foot», poursuit-il.

 

Le même jour, l'opposant congolais dépose plainte dans l'après-midi au commissariat de police d'Orléans. Lors de l'audition menée par un sous-brigadier, son portable sonne à nouveau. Le policier note dans le procès-verbal, dont Mediapart a pu prendre connaissance en intégralité: «A cet instant de l'audition, il est 15h57, Monsieur Toungamani reçoit, sur son téléphone portable, un appel téléphonique d'un correspondant anonyme. A notre demande, il actionne le haut-parleur de son téléphone, et entendons une voix sans accent déclarer "très, très attention".»

 

Interrogé, Benjamin Toungamani explique qu'il s'agit du même interlocuteur. «Il m'a demandé si je pensais à ma famille, de faire très, très attention.» Cette fois, le numéro de téléphone qui s'est affiché renvoie à une cabine téléphonique située à Orléans, où vit la famille Toungamani.

 

Quatre jours plus tôt (le 24 novembre), Benjamin Toungamani avait déjà reçu, à son domicile cette fois, plusieurs appels d'un certain "Frédéric". L'homme se présentait comme un émissaire du gouvernement gabonais. Au moins l'une de leurs conversations a pu être enregistrée grâce à un vieux magnétophone par l'enseignant congolais.

 

Pour en écouter des extraits, cliquez ci-dessous (le son n'est pas très bonne qualité):

 

 

 

En substance, le mystérieux « Frédéric » dit agir au nom d’un ministre d’Omar Bongo pour que les Toungamani retirent leur plainte. Au téléphone, l’homme dit à propos du président gabonais: «Il est gêné, il est vraiment gêné. Je vais donner le numéro du ministre avec qui il est à ce moment précis. Vous allez l’appeler, il n’y a pas de problème. C’est le ministre de l’intérieur, mais cela reste entre nous. Ce que je veux vous dire, c’est qu’au plan politique et même en terme de prestige personnel […] avec toute la pub qui a été faite, c’est Bongo qui était attaqué.»

 

 

 

LE PRESIDENT BONGO EST MAL A L’AISE AVEC TOUT ÇA

 

« Frédéric » passe ensuite aux... recommandations: «Ce que nous souhaiterions, c'est véritablement un acte public venant de vous-même. Comme il y a Madame dans la plainte, vous vous organiserez pour que son nom n'apparaisse plus là-dedans.»

 

«Ça, ça va être difficile», intervient Benjamain Toungamani.

 

«Il faut essayer. On va se débrouiller pour faire ce qu'on vous dit. Quand je dis se débrouiller, comprenez le contenant de se débrouiller [...] Professeur, nous allons mettre en place le système qui va vous faciliter de faire cela», reprend « Frédéric ».

 

L'homme poursuit en affirmant que «le président [est] mal à l'aise avec tout cela. Lui-même va te parler avec son cœur. Il n'a rien à voir avec ça. Nous allons voir pour essayer d'approfondir les choses de manière tactique», dit-il encore. Le ton est toujours très courtois.

 

 

 

Ce n'est pas la première fois que M. Toungamani, dont la femme, paniquée, a fini par se retirer du dossier, est approché par des supposés émissaires du gouvernement gabonais. En août dernier, lui et l'avocat William Bourdon, président de Sherpa, l'une des associations en pointe sur ce dossier, ont rencontré un certain Sylvain Mesnis au bar le Fumoir, à Paris. «Il disait s'occuper d'affaires au Gabon. Il nous a dit qu'il fallait arrêter notre procédure car il y avait énormément d'emplois français en jeu en Afrique, et notamment au Gabon», se souvient Benjamain Toungamani. Après quoi, des menaces auraient été proférées sur le mode: «Vous savez, un accident est vite arrivé.» Ce qui a mis fin à la rencontre.

 

Cette version des faits nous a été confirmée par Me Bourdon. L'avocat a récemment confié au Monde avoir été aussi l'objet d'une tentative de corruption, quelques jours plus tard, par le même homme et un avocat se disant mandaté par les autorités gabonaises. Contacté par Mediapart, Sylvain Mesnis n'a ni confirmé ni infirmé ces deux épisodes. Cet ancien chargé de communication en Europe du président ivoirien Laurent Gbagbo, connu sous le patronyme complet de « Sylvain Mesnis de Chambry », s'est contenté d'un «sans commentaire» d'usage. Et a écourté la conversation. Selon Benjamin Toungamani, l'homme se dit également très proche des services de police ou de renseignements français.

 

Le président du Gabon, Omar Bongo, a annoncé, le 2 décembre, son intention de déposer plainte en diffamation contre les affirmations de pressions supposées de son gouvernement pour favoriser un retrait de la plainte. «Je m'inscris en faux sur le fait que les autorités gabonaises auraient tenté de faire pression sur les représentants d'associations et notamment sur Me Bourdon», a expliqué la semaine dernière aux journalistes Patrick Maisonneuve, l'un des avocats parisiens d'Omar Bongo. William Bourdon et Benjamin Toungamani, eux, n'en démordent pas et maintiennent leurs accusations.

 

 

UN PLAIGNANT TEMOIGNE DU « HARCELEMENT » DES AUTORITES GABONNAISES

 

A plusieurs milliers de kilomètres de Paris, un autre homme vient donner corps à la thèse des pressions des pouvoirs africains, et surtout gabonais, dans cette affaire. Il s'agit de Grégory Mintsa, citoyen et contribuable du Gabon qui a déposé plainte, avec Sherpa et Transparence International, contre les présidents Bongo, Sassou Nguesso et Obiang le 2 décembre. Joint par téléphone, celui-ci a expliqué à Mediapart faire l'objet «depuis plusieurs semaines d'un véritable harcèlement de la part d'émissaires envoyés par le gouvernement gabonais» pour le «dissuader» de porter plainte.

 

 

 

Il raconte: «Ils passent toujours par des gens que je connais et me mettent en relation avec des membres du gouvernement. J'ai déjà rencontré deux ministres ! On me demande toujours ce que je veux. On me demande si de l'argent pourrait aider au retrait de la plainte. On m'explique que cela doit se régler entre frères africains et ne pas passer par la France.»

 

Si l'affaire suscite autant la fébrilité des chefs d'État africains visés, c'est que l'enquête préliminaire confiée à la police judiciaire française, après le premier dépôt de plainte de 2007, a mis au jour un certain nombre de mouvements financiers et de dépenses pour le moins surprenants. Au fil des procès-verbaux policiers, dont Mediapart a pu prendre connaissance dans leur intégralité, on découvre l'inventaire renversant du patrimoine mobilier et immobilier de dirigeants africains réputés «amis de la France».

 

On apprend ainsi qu'Omar Bongo et sa famille sont propriétaires de 33 appartements, hôtels particuliers et maisons à Paris ou sur la Côte d'Azur, tandis que la famille Nguesso jouit de 17 propriétés dont certaines, de plus de 200 m2, sont situées dans les quartiers huppés de Paris. Le tout est évalué à plusieurs dizaines de millions d'euros. Sans compter la pléiade de comptes ouverts dans des établissements bancaires français.

 

Les policiers ont également pu établir la liste des voitures de luxe (Ferrari, Bugatti, Mercedes, Maybach...) acquises par les présidents africains ou leur entourage dont le financement est apparu, pour certaines d'entre elles, «pour le moins atypique», notent les enquêteurs dans un rapport de synthèse du 6 novembre 2007.

 

Ainsi, Pascaline Bongo, «fille présumée du président du Gabon», écrivent les policiers, «acquiert en 2006 un véhicule Mercedes payé par trois chèques tirés respectivement des comptes bancaires de Joannie Artiga, de Me François Meyer et de la Paierie du Gabon en France». Il est également fait référence à des voitures de luxe payées par des sociétés dont la transparence ne semble pas être le dénominateur commun.

 

Ainsi, Teodoro Obiang, le fils du président guinéen, s'est-il acheté en France une Bugatti Veyron 16.4 (ci-contre) d'une valeur d'un million d'euros avec les fonds de la Somagui Forestal, une entreprise d'exploitation forestière dont le dirigeant n'est personne d'autre que... Teodoro Obiang. Selon la cellule de lutte anti-blanchiment française Tracfin, «les flux mis en exergue sont susceptibles de traduire le blanchiment du produit d'un détournement de fonds publics».

 

 

 

C'est précisément le type de soupçons que nourrissent les plaignants dans cette affaire. Ceux-ci suspectent les dirigeants africains de s'être enrichis matériellement avec les fonds publics des États qu'ils dirigent, leurs seuls émoluments officiels – entre 15.000 et 30.000 euros mensuels, selon les cas – ne pouvant, d'après eux, permettre de telles dépenses mirifiques.

 

«J'ai décidé de déposer plainte et de me joindre à la procédure quand j'ai découvert l'étendue des incroyables acquisitions de ces dirigeants africains alors qu'au Gabon, il y a des manifestations de gens qui crèvent de faim et que le gouvernement réprime dans la violence», dit Grégory Mintsa. Pour Benjamain Toungamani, «ces gens-là peuvent devenir très méchants dès que l'on touche au portefeuille». Il ajoute, désabusé: «Beaucoup plus que quand on les accuse de massacres.»

 

 

 

Publié  le :  31  décembre  2008

Rubrique :  Afrique-politique

Source :  http://www.mediapart.fr

 

 

 

 

 

 

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puce LE GHANA : UNE SINGULARITE DEMOCRATIQUE EN AFRIQUE. (le 14/12/2008 à 12h40)

 

 

 (...) Après avoir réussi une alternance pacifique en 2000 et élu deux présidents respectant la fin de leur mandat sans réviser la constitution pour rester au pouvoir ad vitam eternam comme le syndicat des chefs d’Etat africains (cf. le Gabonais Omar Bongo 41 ans au pouvoir), la jeune démocratie ghanéenne s'engage dans une nouvelle épreuve. Très fiers de leur exemplarité, les Ghanéens ont désormais la responsabilité d'arbitrer pacifiquement un duel qui s'annonce sans merci (...)

 

 

Le Ghana continuera toujours à nous étonner et nous émerveiller en organisant simultanément, de manière concomitante des élections législatives et une présidentielle dans un climat relativement apaisé. Alors que la vie politique et la compétition électorale sur le continent africain sont constamment, systématiquement émaillées, empreintes de fraudes électorales et de violence. D’autres pays, à l’instar de la Guinée, ont du mal à organiser des élections faute, paraît-il, de moyens financiers, techniques et humains suffisants ou bien du fait de manœuvres dilatoires. A moins que les deux raisons ne soient liées.

 

 

CETTE ELECTION PERMETTRA-T-ELLE D’ANCRER, DE CONSOLIDER LA DEMOCRATIE AU GHANA ?

 

C’est un test de maturité pour ce pays ouest-africain de 23 millions d'habitants, situé entre la Côte d’Ivoire et le Togo, qui a déjà réussi une transition démocratique en 2000 avec le départ en douceur du capitaine Jerry Rawlings, Jeremiah Rawlings John, 61 ans, d'un père écossais et d'une mère ghanéenne. En Afrique, il fut le premier président militaire à rendre le pouvoir aux civils : il avait en 1981 fait un coup d'Etat, puis instauré le multipartisme ; il fut élu président en 1992 et réélu en 1996 puis s’effaça en 2000 sans réviser la constitution et vit John Kufuor lui succéder. Ce dernier gagna la présidentielle en 2000 et l'alternance eut lieu sans trouble.

 

C’est la cinquième consultation depuis l'instauration en 1992 du multipartisme dans cette ex-colonie britannique, l'ancienne « Gold Coast » devenu indépendante sous la férule de Kwame Nkrumah (1909-1972) père de l’indépendance et artisan chevronné du panafricanisme.

 

Le 6 mars 1957, « la Côte-de-l'Or » devint ainsi la première colonie de l’Afrique sub-saharienne à obtenir son indépendance.

 

« C'est en tout cas une bonne occasion, en fait la première depuis 2000, de savoir si nous avons définitivement consolidé la démocratie ; c’est un moment clé pour le Ghana et pour l'Afrique », explique un « think tank » local.

« Les dernières élections au Kenya et au Zimbabwe ont fait monter les enjeux pour notre pays. Tout le monde va nous regarder. C'est vraiment un test pour le Ghana », poursuit-il.

 

Pour les deux principaux partis en lice, qui ont exercé à tour de rôle le pouvoir pendant huit ans, c'est aussi une bonne occasion de comparer leurs bilans respectifs, à l'issue d'une campagne électorale dense et 70 % de taux de participation, de votants.

 

Quant à la Commission électorale, elle a essuyé de nombreuses critiques, notamment pour la façon dont elle a révisé les listes électorales.

 

La culture politique est cependant ouverte dans ce pays. Bien noté par la communauté internationale, le Ghana jouit d'une presse assez libre et d'un pouvoir judiciaire indépendant ; l'économie ghanéenne reste saine mais très fragile.

 

Malgré une image flatteuse à l'étranger grâce au respect des droits civiques, à la liberté de la presse et finalement à la transition réussie en douceur en 2000, il reste un point noir dans le bilan des deux mandats de John Kufuor : la corruption.

 

Même si, selon la Banque Mondiale, le Ghana est un des meilleurs élèves de la classe en Afrique, les détournements de fonds et l'impunité des élites demeurent préoccupants, encore plus maintenant que le Ghana se prend à rêver d'un avenir pétrolier après la découverte d'or noir au large de ses côtes en 2007. La manière dont ces pétrodollars tant attendus seront dépensés sera sans doute l'un des plus grands défis de la future administration ghanéenne.

 

 

UN TEST DEMOCRATIQUE GAGNANT:

 

Plus de 12,8 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes le dimanche 7 décembre 2008 dans 22.000 bureaux pour, d’une part, désigner un successeur au président John Kufuor qui, à 69 ans, tire sa révérence comme le prévoit la constitution et ne peut pas se représenter, après deux mandats de 4 ans chacun, à la tête de l'État et, d’autre part, pour choisir leurs 230 députés pour renouveler le parlement; deux scrutins test pour le pays et un continent coutumier des élections frauduleuses et des violences post-électorales.

 

Huit candidats étaient en lice mais l’élection s’est jouée entre les deux favoris, deux juristes de 64 ans : Nana Akufo-Addo, un avocat, du parti au pouvoir le Nouveau Parti Patriotique (NPP) et John Atta-Mills, un spécialiste de droit fiscal, du Congrès Démocratique National (NDC), ancien vice-président du capitaine Jerry Rawlings.

 

Un troisième homme aurait pu se glisser dans ce duel : Papa Kwesi Nduom lointain héritier de Kwame Nkrumah et homme d'affaires de 55 ans pour le Parti de la Convention du peuple (CPP).

Des observateurs de l'Union européenne, du Commonwealth et de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest ont été déployés dans tout le pays.

 

« Nous avons besoin d’emplois, des bonnes routes, d’éducation pour nos enfants, de santé et, par dessus tout, de paix ». C’est ce qu’on a entendu lors de l‘élection : ce sont les véritables enjeux.

 

Une étudiante de 20 ans, qui votait pour la première fois, avait peur de la violence : « regardez ce qui s'est passé autour de nous en Côte d'Ivoire, au Liberia ou en Sierra Leone. Le futur gouvernement doit préserver la paix ».

 

Pour cette consultation toute l’Afrique a les yeux rivés sur le Ghana. Une élection démocratique dans un pays qui fait figure de bon élève est un exemple pour le continent noir .

 

« J'ai confiance. Les partis accepteront les résultats si le scrutin est juste et transparent », a déclaré John Atta-Mills en votant à Accra.

« Ce pays a un brillant avenir », a de son côté lancé Jerry Rawlings dans un autre bureau de la capitale, accueilli par des dizaines de personnes aux cris de « Bienvenue Papa, reviens! ».

 

« Ce vote est important car le Ghana a été l'un des premiers pays indépendants du continent et si tout se passe bien, ce sera bon pour l'Afrique », a expliqué à l'AFP l'ancien président du Botswana Ketumile Massire qui dirige une équipe d'observateurs du centre Carter. Il a estimé que le Ghana devenait « un modèle de démocratie pour la région et au-delà ».

 

« Une élection transparente donnera un signal fort à l'Afrique où plusieurs scrutins ces derniers mois n'ont pas reflété le choix du peuple », insiste le chef des observateurs de l'Union européenne Nickolay Mladenov.

 

« La participation à la présidentielle et aux législatives qui avaient lieu parallèlement a été élevée, selon la commission électorale, et le vote s'est déroulé dans le calme en dépit de quelques incidents violents isolés ».

 

Les chiffres des législatives montrent également des résultats serrés entre les deux grandes formations : sur les sièges attribués, le NPP en obtient 109 et le CND 113 d’où un recul pour le NPP à l'Assemblée nationale où il comptait 128 élus sur 230 dans la chambre sortante. Un seul siège fait l’objet d’une contestation actuellement.

 

 

VERS UN SECOND TOUR INDECIS POUR L’ELECTION PRESIDENTIELLE.

 

Selon les résultats rendus publics mercredi 10 décembre par la Commission électorale nationale, trois jours après le scrutin, le candidat du parti au pouvoir Nana Akufo-Addo est arrivé en tête avec 49,13 % des suffrages (4 159 439 voix). Faute d'avoir obtenu la majorité absolue, il devra affronter lors d'un second tour, dimanche 28 décembre, son principal adversaire John Atta-Mills, du Congrès démocratique national, qui a obtenu 47,92 % des votes (4 056 634 voix).

 

Le fameux « Troisième homme », Papa Kwesi Nduom, n'a recueilli que 1,3 % des suffrages, mais le résultat final dépendra du report de ses voix.

 

Certaines victoires électorales africaines à la « soviétique » (cf. Ben Ali en Tunisie) sont si éclatantes ou si inattendues qu'elles ont le goût amer de la fraude. Le faible écart qui sépare les deux principaux protagonistes ghanéen apparaît ici, au contraire, comme un nouveau gage de l'exceptionnelle santé démocratique de cette ancienne colonie britannique.

 

Les deux candidats ne sont séparés que par quelque 100 000 voix.

« Je pense que nous avons donné au monde l'exemple qu’il y a d'autres pays, d'autres exemples que le Kenya et le Zimbabwe », s'est félicité Akufo-Addo.

 

Serrés, les résultats du scrutin de dimanche laissent leurs chances à chacun des deux camps qui se partagent le pays selon un clivage surtout politique mais dont les arrière-pensées ethniques ne sont pas absentes. Nana Akufo-Addo est un partisan de la poursuite de la politique de libéralisme économique qui assure 6 % de croissance au pays, mais qui a creusé les inégalités.

 

Son adversaire John Atta-Mills se veut le défenseur des oubliés de la croissance et dénonce la montée de la corruption. La prééminence économique et les privilèges dont bénéficierait le groupe ethnique des Ashantis, auquel appartient Akufo-Addo, alimentent aussi leur rivalité.

 

Il faudra tenir compte des abstentionnistes du premier tour, du nombre de bulletins nuls très élevé au premier tour (2,4 %), comme souvent dans les pays à fort taux d'illettrés.

 

 

SE DIRIGE T-ON VERS UN PARTAGE DU POUVOIR, UNE COHABITATION SOUS LES TROPIQUES ?

 

L’opposition est majoritaire au parlement et le candidat du pouvoir est en mesure de gagner la présidentielle : pareille situation semble propice à l'instabilité. La Constitution du Ghana, qui ne connaît pas de premier ministre, rend difficile une « cohabitation ». Le passé de violence, assez lointain, mais aussi l'enjeu financier crucial de l'exploitation pétrolière, prévue pour démarrer en 2010, ne plaident pas non plus en faveur de l'apaisement.

 

Après avoir réussi une alternance pacifique en 2000 et élu deux présidents respectant la fin de leur mandat sans réviser la constitution pour rester au pouvoir ad vitam eternam comme le syndicat des chefs d’État africains (cf. le Gabonais Omar Bongo 41 ans au pouvoir), la jeune démocratie ghanéenne s'engage dans une nouvelle épreuve. Très fiers de leur exemplarité, les Ghanéens ont désormais la responsabilité d'arbitrer pacifiquement un duel qui s'annonce sans merci.

 

« La violence est consubstantielle à la vie politique ! » selon le journaliste français et directeur de l’hebdomadaire « Point » Franz Olivier Giesbert. Mais en Afrique on a affaire le plus souvent à une violence d’État contre des opposants, des groupes ethniques d’où des génocides parfois. Ce qui n’est pas le cas du Ghana où chaque candidat a obtenu des victoires dans la région « originelle » de l’autre : indistinctement donc dans le pays Ashanti et la région de la Volta près du Togo. Le clivage Nord/Sud n’a pas eu lieu.

 

Les deux derniers présidents ont créé un cercle vertueux où les militaires et la classe politique ont accepté de jouer le jeu démocratique. C’est ainsi que le Ghana s’est singularisée par :

 

· Une alternance régulière soit au niveau de l’exécutif, soit au sein du parlement ;

 

· Un débat politique caractérisé par un débat d’idées et non vicié par le régionalisme, l’ethnocentrisme, la religion, le népotisme entre autres ;

 

· La neutralité de l’armée ;

 

· le renouvellement de la classe dirigeante, des élites ;

 

· L’absence de violences post-électorales ;

 

· Un système éducatif performant avec des lycées qui, pour certains, datent de 1850 ;

 

· L’égalité de traitement des candidats dans les médias ;

 

· La courtoisie dans les débats contradictoires.

 

 

Gilchrist Olympio, l’opposant togolais qui a passé une partie de sa jeunesse au Ghana, a émis une analyse rassurante sur les élections du 7 décembre dernier et un bon pronostic sur l’issue du second tour présidentiel : « Le Ghana est un pays raffiné sur le plan politique et nous surprendra agréablement ».

 

Ce pays a accédé à l’indépendance un an avant la Guinée qui avait même offert l’asile politique à Kwame Nkrumah ; mais aujourd’hui elle est entrain de lui asséner une leçon de démocratie et de bonne gouvernance.

 

A quand les élections législatives en Guinée ? Il s’agit du second report : elles avaient été prévues initialement en juin 2007 ; des « difficultés diverses » ont provoqué un premier report de la date du scrutin à décembre 2008 et, maintenant, au premier trimestre 2009. C’est le « syndrome ivoirien », Laurent Gbagbo ayant fait des émules en Guinée.

 

Le Ghana, lui, demeure une référence démocratique et ses électeurs peuvent être fiers de leur pays qui est une singularité démocratique en Afrique.

 

Que Dieu préserve le Ghana et la Guinée !

 

(...) Après avoir réussi une alternance pacifique en 2000 et élu deux présidents respectant la fin de leur mandat sans réviser la constitution pour rester au pouvoir ad vitam eternam comme le syndicat des chefs d’Etat africains (cf. le Gabonais Omar Bongo 41 ans au pouvoir), la jeune démocratie ghanéenne s'engage dans une nouvelle épreuve. Très fiers de leur exemplarité, les Ghanéens ont désormais la responsabilité d'arbitrer pacifiquement un duel qui s'annonce sans merci (...)

 

 

Auteur:   Nabbie Ibrahim « Babby » SOUMAH, juriste et anthropologue guinéen (Paris)

Publié  le :  13 décembre 2008

Rubrique :  Afrique-politique

Source :   nabisoumah@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

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